Article

Une gifle, une fessée... Qu’en penser aujourd’hui ?

Comprendre ce que vit son enfant et trouver d’autres réponses

Un parent et son enfant prennent un temps pour échanger dans un cadre calme.
Retour aux paroles éducatives

« Une baffe de temps en temps, ça n’a jamais fait de mal à personne. »

« J’ai mis une gifle à mon enfant. Je m’en veux. Comment je reprends ça avec lui ? »

Ces deux phrases reviennent dans les échanges avec les parents. Elles parlent de nos habitudes éducatives, de ce que nous avons nous-mêmes reçu, et de ces moments où l’on ne sait plus très bien comment faire.

Quand j’entends ces questions, j’ai envie que nous prenions le temps de regarder ce qui s’est passé. Ce que l’enfant a vécu, ce qui a débordé chez son parent, et ce que l’on peut faire maintenant.

Ce que nous avons reçu et ce que nous transmettons

Peut-être avez-vous grandi avec l’idée qu’une fessée pouvait remettre les choses en place. Vous en avez reçu, vous aimez vos parents et vous ne vous sentez pas traumatisé. Je peux entendre cela. Mais s’en être bien sorti ne démontre pas que les coups nous ont aidés à grandir.

Remettre en question la fessée donne parfois l’impression de juger ses propres parents. Pourtant, nous pouvons garder de l’amour et de la reconnaissance pour eux, tout en choisissant d’autres réponses pour nos enfants. Nous avons le droit de réfléchir à ce que nous souhaitons transmettre à notre tour.

Nous élevons aussi nos enfants dans un quotidien différent. Le travail, la place des écrans, les relais familiaux et les discours sur l’éducation ont changé. Les parents essaient de trouver leur place au milieu de tout cela. Les enfants ont toujours besoin de sécurité et de repères ; nous comprenons mieux leur développement et nous pouvons faire évoluer notre manière de les accompagner.

Comprendre ce que vit votre enfant

Ce que nous savons aujourd’hui, c’est que les châtiments corporels n’apportent pas de bénéfice éducatif durable. Les recherches les associent à davantage de difficultés émotionnelles et d’agressivité. Une fessée peut faire cesser un comportement sur le moment. Mais un enfant qui s’arrête parce qu’il a peur n’a pas forcément compris la règle ni appris comment agir autrement.

J’ai déjà rencontré des parents qui avaient frappé leur enfant parce qu’il avait lui-même tapé quelqu’un. Ils voulaient lui apprendre à ne plus le faire. Pour l’enfant, le message devient difficile à comprendre : comment lui expliquer que frapper est interdit si nous le frappons pour qu’il l’apprenne ?

Je crois qu’il faut aussi accepter de se déplacer un peu. Nous savons ce que nous voulions faire en tant qu’adultes. Mais qu’a vécu notre enfant ? Ce qui nous semble ponctuel, ou déjà passé, a peut-être pris une autre place pour lui.

Sur le moment, il peut avoir eu peur, ressenti de la colère ou s’être senti humilié. Il peut même penser qu’il a mérité d’être frappé. La personne auprès de laquelle il cherche habituellement du réconfort lui a aussi fait mal. Cela peut le troubler, même si nous avions l’intention de lui apprendre quelque chose.

Dans les jours ou les semaines qui suivent, surtout si les gestes se répètent, il peut commencer à redouter la colère de son parent, à moins parler de ses erreurs ou à répondre lui-même par l’agressivité. Un enfant qui devient plus silencieux n’est pas forcément plus apaisé. Dans mon accompagnement, je trouve important de comprendre s’il coopère parce qu’il a compris la limite ou parce qu’il a peur de ce qui pourrait arriver.

Sur la durée, les recherches associent aussi les châtiments corporels à une estime de soi plus fragile, à davantage de difficultés anxieuses ou dépressives et à une plus grande acceptation de la violence dans les relations. Certains pourront reproduire ce qu’ils ont connu. Cela ne veut pas dire qu’ils le feront forcément.

Je tiens à cette nuance : ces risques ne permettent pas de prédire l’avenir d’un enfant à partir d’une gifle isolée. Un geste ponctuel ne signifie pas qu’il sera nécessairement traumatisé. Il reste important d’entendre comment il l’a vécu et de faire en sorte que cela ne devienne pas une réponse habituelle.

Le cadre légal est clair : depuis 2019, le Code civil précise que « l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques ». L’intention éducative ne crée pas d’exception à cette règle.

Ne pas réduire le parent à son geste

Si vous avez mis une gifle à votre enfant et que vous le regrettez, je n’ai pas envie de vous coller une étiquette de « mauvais parent ». Votre relation avec lui ne se résume pas à cet instant. J’ai envie de vous aider à comprendre ce qui vous a débordé et à revenir vers lui.

La fatigue, l’isolement, le sentiment de tout porter ou de ne plus être entendu comptent. Un parent a parfois besoin d’un relais, de repos ou d’un espace pour parler de ce qu’il traverse. Chercher ce qui peut le soutenir fait aussi partie de mon travail.

Il y a également ce que le comportement de l’enfant vient toucher chez nous. Entre « il ne m’écoute pas » et « je n’ai plus aucune autorité », il peut se passer beaucoup de choses. Son refus peut nous atteindre au point que nous cherchions surtout à reprendre le contrôle.

C’est utile de revenir sur ce moment : qu’est-ce qui m’a fait perdre pied ? Qu’ai-je vécu comme insupportable ? Ces questions permettent de distinguer ce que fait notre enfant de ce que cela nous fait vivre. Elles peuvent ouvrir un travail sur notre propre manière de réagir.

Réparer la relation

Une fois la tension retombée, on peut revenir vers son enfant et remettre des mots sur ce qui s’est passé. Avec des mots adaptés à son âge, cela peut être :

« Tout à l’heure, je t’ai frappé. Je n’aurais pas dû. J’étais très en colère, mais c’était à moi de trouver une autre façon de réagir. Je suis désolé. Tu n’as pas à être frappé. »

Puis lui laisser de la place : « Comment tu l’as vécu, toi ? » Certains enfants parleront tout de suite. D’autres auront besoin de temps. On peut accueillir leur peine ou leur colère sans chercher aussitôt à expliquer ou à se défendre. L’enfant n’a pas à nous rassurer ni à nous pardonner immédiatement.

Dire « j’étais en colère » permet de nommer ce qui s’est passé en nous. Ajouter « tu m’as poussé à bout » ferait porter à l’enfant la responsabilité du geste. Nous pouvons parler de notre difficulté et rester responsables de notre réponse.

Il y a quelque chose d’important, pour un enfant, à voir son parent présenter des excuses. Il découvre qu’un adulte peut reconnaître une erreur sans perdre sa place. Il voit comment on revient vers quelqu’un à qui l’on a fait mal, comment on écoute ce qu’il a ressenti et comment on cherche à agir autrement. Cette reprise peut l’aider à retrouver de la confiance dans la relation.

Le cadre reste là. On peut reconnaître son geste et reprendre ensuite la règle qui avait été transgressée. L’enfant peut entendre que son comportement devait être repris et que la réponse de son parent n’était pas la bonne.

Si votre enfant frappe son frère, vous pouvez interrompre la scène, les séparer et poser clairement : « Je ne te laisse pas taper. » Une fois le calme revenu, vous pourrez l’aider à nommer sa colère, à réparer son geste et à chercher ce qu’il fera au prochain conflit. Vous tenez votre place de parent en l’arrêtant et en lui apprenant une autre manière de faire.

Et l’autre parent

L’autre parent peut lui aussi être bouleversé ou en colère. Il a le droit d’exprimer son désaccord. Soutenir son conjoint dans sa difficulté ne demande pas d’approuver son geste.

Sur le moment, il peut interrompre calmement la situation et proposer un relais : « On s’arrête, je prends la suite. » Il peut aussi rassurer l’enfant et lui dire qu’il n’avait pas à être frappé. Ce repère peut être posé sans attendre de s’être mis d’accord entre adultes.

Puis, à l’écart de l’enfant, les parents peuvent reprendre ce qui s’est passé : « Je ne suis pas d’accord avec ce geste. J’ai vu que tu étais à bout. Comment peut-on s’aider avant d’en arriver là ? » Il faut pouvoir parler de ce qui a inquiété ou blessé chacun, et réfléchir à la suite.

Parfois, le désaccord porte sur le principe même de la fessée. L’un la pense encore nécessaire, l’autre la refuse. Cela mérite un échange sur ce que chacun a reçu, ce qu’il attend de l’autorité et les moyens de tenir les règles sans frapper. On peut avoir des histoires différentes et construire des réponses que l’on pourra soutenir ensemble. Un accompagnement peut aider à les trouver.

Le parent qui a frappé garde la responsabilité de reconnaître son geste et de revenir vers l’enfant. L’autre peut l’accompagner, sans réparer à sa place. L’enfant n’a pas à choisir un camp ni à devenir l’arbitre du désaccord.

Voir ses parents exprimer un désaccord avec respect, s’écouter et chercher comment faire autrement peut aussi devenir un exemple pour lui.

Faire autrement au quotidien

Pour la prochaine fois, il est utile de se connaître un peu mieux. Repérer la fatigue, la voix qui monte ou l’envie de gagner le bras de fer. Prévoir une pause, en s’assurant que l’enfant reste en sécurité. Convenir, si c’est possible, d’un signe pour demander un relais à l’autre parent.

On peut dire à son enfant : « Je suis trop énervé pour qu’on en parle maintenant. On reprendra dans un moment. » Et revenir vers lui ensuite. Il nous voit alors chercher une façon de traverser la colère sans frapper.

Si vous craignez de recommencer, ou si les gestes reviennent, il faut chercher du soutien pour les faire cesser. Votre histoire, votre rapport à l’autorité ou à la colère peuvent aussi demander à être travaillés. Vous pouvez en parler avant même d’en arriver à cette répétition.

Dans mon accompagnement, je tiens à ce qu’un parent puisse parler de ces difficultés sans se sentir condamné. C’est souvent à partir de cette parole que nous pouvons comprendre ce qui se joue et trouver des réponses adaptées à sa famille.

Après un geste regretté, il reste possible de revenir vers son enfant, de lui montrer qu’on l’aime et d’écouter ce qu’il a à dire. Puis, dans le quotidien qui suit, de lui permettre de voir comment on fait autrement. C’est aussi là que nos excuses prennent leur sens.

Elie Houbani — Éducateur spécialisé | Soutien Éducatif

Vous vous reconnaissez dans certaines de ces lignes ? Un premier échange peut permettre de poser les choses, de comprendre ce qui se joue et de réfléchir ensemble à ce qui pourrait vous aider.